Luc et Joël, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Luc LIEGEOIS : A la base, j'ai une formation d'ingénieur agricole à Lille. A la suite de ça, je me suis inscrit en DEA Physiologie Animale à Villeneuve d'ascq. Après cette période, j'ai fait un bref passage à l'EDE (Etablissement Départemental de l'Elevage) du Nord. En 1983, dans le cadre de mon stage de DEA, j'ai intégré Gènes Diffusion, qui cherchait quelqu'un sur un projet de transplantation embryonnaire américain pour approvisionner le schéma de sélection.
Joël BIDANEL : Après ma formation d'ingénieur à Beauvais, j'ai travaillé dans des groupements de producteurs de porcs sur la Normandie et la Bretagne. Suite à ça, je suis parti à Haïti pour travailler sur un programme de repeuplement porcin avec une forte connotation génétique. De retour d'Haïti, je suis rentré chez Gènes Diffusion en 1996, pour m'occuper également de génétique porcine.
Pouvez-vous nous expliquer l'apparition des biotechnologies et notamment des marqueurs génétiques ?
LL : La mobilisation, via le Téléthon, autour des maladies génétiques humaines, a permis des avancées considérables sur la compréhension du génome humain. Ces progrès récents de la biologie moléculaire ont permis de développer au cours des dix dernières années des cartes génétiques dans les principales espèces d'animaux d'élevage.
Chez Gènes Diffusion, comment avez-vous commencé à intégrer les Marqueurs Génétiques ?
LL : C'est au niveau de la sélection bovine que les marqueurs ont trouvé leurs premières applications, dans le cadre de la S.A.M.
Joël, après avoir prouvé leur efficacité dans le secteur bovin, les marqueurs génétiques arrivent au niveau porcin. Quel intérêt ?
JB : Les bio-technologies ont permis de mettre en évidence plusieurs marqueurs génétiques, dont certains disposent d'un intérêt économique prouvé. Pour nous, l'intérêt majeur des marqueurs réside dans la possibilité de qualifier les verrats afin de proposer aux éleveurs une semence typée.
Pourquoi ne pas avoir intégré les marqueurs génétiques plus tôt en espèce porcine ?
LL : Il ne faut pas croire cela, un premier marqueur génétique a déjà été utilisé à grande échelle. C'est celui qui révèle la présence du gène de sensibilité au stress (test à l'halothane). Le test génétique capable de détecter la présence ou non de ce gène permettra de l'éliminer à terme, des lignées femelles et des lignées mâles.
Concrètement, d'où vient la technologie permettant de typer les verrats ?
JB : Elle a été mise au point par un groupe génétique spécialisé dans la recherche en génomique, avec lequel Gènes Diffusion a conclu un partenariat lui conférant l'exclusivité de la technologie sur le territoire français.
Vous êtes donc aujourd'hui en mesure de typer l'ensemble des verrats présents dans vos centres de productions ?
JB : Techniquement oui, mais le typage ne peut se faire qu'avec l'accord préalable des Organismes de Sélection Porcine (OSP). La totalité des OSP a été consultée et certaines nous ont déjà donné leur accord.
Les éleveurs de porcs devraient donc voir arriver prochainement de la semence typée sur le marché ?
JB : Oui, cette semence sera issue de verrats porteurs du marqueur génétique IC v, qui se traduit par une amélioration de l'indice de consommation. Sa commercialisation débutera dès le mois de juin pour les types génétiques pour lesquels les OSP nous auront fourni leur accord. Elle sera commercialisée sous la marque " Valoris ".
Concrètement, quel sera l'avantage, pour un éleveur, d'utiliser la semence typée IC v plutôt que de la semence non typée ?
JB : Il sera non négligeable ! En plus de l'amélioration de l'indice de consommation, l'utilisation de la semence IC v permet la réduction de l'épaisseur de lard dorsal ainsi qu'une meilleure homogénéité des porcs charcutiers. Au final, cela se traduit par un gain au classement.
Vous êtes donc aujourd'hui en mesure de typer l'ensemble des verrats présents dans vos centres de productions ?
JB : Techniquement oui, mais le typage ne peut se faire qu'avec l'accord préalable des Organismes de Sélection Porcine (OSP). La totalité des OSP a été consultée et certaines nous ont déjà donné leur accord.
Les éleveurs de porcs devraient donc voir arriver prochainement de la semence typée sur le marché ?
JB : Oui, cette semence sera issue de verrats porteurs du marqueur génétique IC v, qui se traduit par une amélioration de l'indice de consommation. Sa commercialisation débutera dès le mois de juin pour les types génétiques pour lesquels les OSP nous auront fourni leur accord. Elle sera commercialisée sous la marque " Valoris ".
Concrètement, quel sera l'avantage, pour un éleveur, d'utiliser la semence typée IC v plutôt que de la semence non typée ?
JB : Il sera non négligeable ! En plus de l'amélioration de l'indice de consommation, l'utilisation de la semence IC v permet la réduction de l'épaisseur de lard dorsal ainsi qu'une meilleure homogénéité des porcs charcutiers. Au final, cela se traduit par un gain au classement.
Quel est le retour sur investissement pour l'éleveur ?
JB : Aujourd'hui, sur les premières semences typées, la dose coûte 1 € de plus pour un retour supplémentaire de 3,5 à 4 €. Bien entendu ce sont les premiers chiffres. Et cela dépend aussi des caractères des marqueurs que l'on souhaite cibler. Pour le moment, ces premiers chiffres concernent uniquement l'indice de consommation et on peut remarquer que c'est très intéressant pour l'éleveur.
Au-delà de l'Halothane et de l'indice de consommation, quelles autres voies d'utilisation pourraient être concernées ?
LL : Il y en a pas mal maintenant : au niveau de la qualité de la viande, des caractères de production, des résistances aux maladies, etc…
Par exemple, l'amélioration de la qualité de la viande nécessite des enregistrements lourds obtenus sur animaux vivants et abattus. L'utilisation de marqueurs représente une réelle opportunité de " tracer " l'ensemble de la base de sélection pour améliorer ce critère dans la filière.
En ce qui concerne la résistance aux maladies et compte tenu des difficultés sanitaires présentes de par le monde, cet axe de recherche recueille beaucoup d'intérêt. Les recherches portent sur la résistance à la SDRP, l'actinobacillus, E coli, les salmonelles, le circonvirus de type II, etc, etc...
Enfin, il faut noter que chaque lignée " possède une empreinte " ADN lui permettant d'être identifiée à n'importe quel point de la chaîne alimentaire et de la " tracer " jusqu'aux rayons du supermarché. Cette technique est aujourd'hui utilisée pour garantir l'authenticité d'une race utilisée sur des marchés à haute valeur ajoutée (exemple : jambon ibérique en Espagne).
Comment comptez-vous communiquer vers les éleveurs ?
JB : Nous venons de réaliser un numéro spécial de notre lettre d'information porcine (GD News) sur la question des marqueurs génétiques. Elle vient d'être envoyée à tous les éleveurs. Par ailleurs, une fiche technique - " Valoris " - sera distribuée en juin aux techniciens des groupements partenaires ainsi qu'aux éleveurs. Nous serons donc présents sur le terrain. Cela coïncidera avec le début des ventes de semences typées en juin.
Donc le mot " gènes " de Gènes Diffusion prend tout son sens ?
LL : Tout à fait, depuis des années, nous effectuons un tri sur les animaux et leur descendance pour choisir les reproducteurs. Aujourd'hui, nous disposons de nouveaux outils permettant de typer les animaux qui ont la meilleure forme (allèle du gène), par rapport à des marqueurs sélectionnés. Cela permet de choisir des reproducteurs en connaissant leurs propres gènes. Demain, on vendra l'animal possédant la bonne combinatoire allélique des gènes. Dans ce sens, le nom de Gènes Diffusion s'identifie bien à une diffusion des bons gènes.